Personnages présents
- Alara, Danseur nubien rompu à la société à la haute société de Ouaset ;
- Aroueq, Fils d'une famille nantie et puissante honteux de ses privilèges ;
- Iouni, Jeune jardinier contestataire du Port Sud ;
- Mery-Amon, Scribe aventurière au sens de la déduction aiguisée.
Date de la séance
22 mars 2026
Déroulement de la séance
Alors que vient l'heure du dîner, le groupe s'entend pour enquêter sur l'origine du fragment d'effigie récupéré par Alara dans le petit jardin en contrebas de la rue menant aux ateliers d'Ikéni. Iouni identifie un marchand qui vend des bibelots et des colifichets du même acabit, non loin du lieu de leur trouvaille. Aroueq se fait ainsi passer pour un prêtre d'Hathor, désireux d'empêcher que la destruction d'une représentation de sa déesse se mue en malédiction sur le quartier. Son attitude est suffisamment convaincante pour que son interlocuteur, terrifié, avoue sans détour avoir vu un jeune enfant exhiber l'autre partie de l'effigie au bout d'un pendentif, plus tôt dans la mâtinée. Il propose même d'aller le chercher avec l'aide de ses compères. Lorsque le jeune Bénou est amené devant Aroueq, celui-ci somme les marchands de se distancer pour pouvoir interroger le garçon sans craindre les oreilles indiscrètes. Bénou explique, entre deux frissons de honte, que ses parents - un couple de pêcheurs - ont trouvé un homme inerte dans la petite place voisine lorsqu'ils sont arrivés, tôt le matin. Le pendentif de l'homme s'est fracturé au moment où ils l'emportèrent hors du jardin, faisant miroiter au jeune Bénou l'occasion d'acquérir un bel ouvrage si personne ne le remarquait. Depuis, Bénou attend le retour de ses parents dans le quartier des artisans en faisant étalage de sa précieuse amulette. La famille vit au Berceau d'Isis, un petit village en bordure du Nil, où sa grand-mère exerce en tant que guérisseuse. C'est elle qui se charge actuellement du blessé. Alors qu'Alara et Aroueq accompagnent Bénou en direction du Berceau, Iouni et Mery-Amon interrogent encore un vieux marchand désigné par le gamin comme témoin de la scène. S'il se montre peu réceptif à la sollicitude du jardinier, il consent à expliquer son implication suite à l'inspection minutieuse de sa tunique qu'effectue la scribe. Le vieux marchand affirme avoir aidé les parents de Bénou à transporter le blessé sur une civière de fortune. À cette occasion, la tête de l'infortuné a dû se frotter à ses vêtements, les maculant légèrement de sang. Légèrement bredouilles, nos deux comparses rejoignent prestement Aroueq et Alara dans leur traversée de Ouaset, en direction des marécages bordant le Fleuve au sud de la cité.
Le Berceau d'Isis fourmille de vies - autant humaines qu'animales - qui regardent avec curiosité l'équipe bigarrée de citadins qui leur rend visite. Parmi la foule, Alara repère ceux qu'il pense être les parents de Bénou, tandis que le garçon mène le groupe chez Kherset, sa grand-mère. Celle-ci s'occupe d'un homme grièvement blessé à la tempe, dont les mains ont été délibérément broyées. La guérisseuse était déjà prête avant son arrivée, car elle prétend que Ptah lui-même lui communique des présages qu'elle seule parvient à interpréter. Aroueq l'interroge plus en détail au sujet de ses croyances. De son côté, la docte Mery-Amon établit une liste d'ingrédients nécessaires à la confection d'un cataplasme, que Iouni s'empresse d'aller récupérer dans les marais, aidé par les villageois qui comprennent la gravité de la situation. Alors qu'Alara interroge les parents de Bénou, qui confirment largement le déroulement que nos enquêteurs ont imaginé jusqu'ici, il apprend que le blessé marmonne quelques noms durant son coma fébrile. Des noms que toute l'équipe réunie parvient à entendre lors de la confection et de l'application du cataplasme : "Menkhaaré", "Houni" et "Paser". Les soins prodigués par le groupe portent leurs fruits, si bien que le blessé semble largement hors de danger, bien qu'il restera très probablement dans le coma pendant encore plusieurs jours. Conscients d'avoir accompli autant que possible au Berceau d'Isis, nos protagonistes louent une petite embarcation pour redescendre le Nil en direction de Ouaset avec le blessé à bord. Sur les docks, Alara le transporte sur son dos jusqu'au domicile de Iouni, où le jardinier s'assure de sa tranquillité en appelant à la vigilance de ses voisins bienveillants. En effet, l'identité du blessé n'est pas encore claire et son agresseur pourrait vouloir le retrouver et "finir le travail".
La prochaine piste concernant Néhitor mène le groupe à Hedjékénou, son épouse, dont le domicile n'est éloigné de celui d'Iouni que d'une poignée de minutes de marche. Après de longues - très longues - délibérations, nos enquêteurs optent pour la franchise. Ils frappent à la porte, se présentent et expliquent être à la recherche de Néhitor. Hedjékénou explique que son mari semblait perturbé depuis plus d'un mois et qu'un certain Houni, prêtre-embaumeur du District du Lièvre, l'avait visité récemment. Elle n'apprécie guère ce personnage qu'elle accuse d'être responsable d'une sinistre histoire remontant à plusieurs années, dans laquelle Néhitor aurait été impliqué sans qu'elle ne connaisse le fond de l'affaire. Parmi les individus qui auraient pu en vouloir à son mari, elle mentionne évidemment Nébitka, dont le nom ne cesse de revenir depuis le début de la journée. La description qu'Hedjékénou donne de son époux correspond parfaitement à l'homme que le groupe a ramené chez Iouni - cette fois-ci plus de doutes, c'est bien Néhitor qui a été gravement blessé au cours de la nuit passée. Forts de ces informations, les protagonistes prennent congé et hésitent quant à leur prochaine destination, d'autant que la nuit commence à tomber. Doivent-ils rendre visite à ce fameux Houni, ou éclaircir enfin l'implication de Nébitka dans toute cette affaire ? Aroueq propose de rendre visite à sa famille, dans l'espoir de glaner quelques informations émanant de la haute société au sujet du sinistre Houni...
L'argent et les marchands à l'époque du Nouvel Empire
L'argent n'existe pas en Égypte mais le troc traditionnel s'appuie sur un système de tarification abstrait qui sert à quantifier et clarifier les échanges. En associant à chaque objet à vendre une valeur mesurée en deben, c'est à dire un poids standard de métal de 91 grammes, ou en kit (un dixième de deben), il est possible de réaliser des transactions (a priori) transparentes et incontestables. On distingue des deben de cuivre, d'argent et d'or de valeur croissante qui prennent la forme de fils de métal repliés ou d'anneaux mais ils ne constituent pas une monnaie au sens où nous l'entendons : il faudra attendre quelques siècles avant que les deben puissent être directement échangés contre des marchandises.
Ce marché parallèle, inspiré par les pratiques des marchands asiatiques, complète le système promu par l'état en offrant à l'ensemble de la population un espace de liberté qui permet à chacun d'améliorer son ordinaire.
- Cédric Chaillol, Kémi, Aventures en Égypte ancienne